lundi 31 décembre 2018

2019: c'est parti !


La promenade (Marc Chagall)

               Je m'adresse à vous tous qui êtes abonnés à ce blog, ou qui me suivez régulièrement:
bonne année, bonne santé! Et bonne promenade à travers les saisons de ce nouvel an...

     Il y a au moins un mois que je me dis que ce changement d'année serait une bonne occasion de vous donner les raisons qui m'ont fait arrêter d'écrire pour ce blog. La principale raison, c'est que j'ai eu le sentiment que je faisais fausse route depuis le début, c'est-à-dire que finalement j'avais desservi la cause des bipolaires en faisant un récit détaillé de mes états maniaques, en parlant de la camisole de force, et de tous les aspects les plus durs et les plus noirs de cette maladie. J'avais écrit dans l'introduction (en avril 2016), que je me voyais comme une militante au service d'une cause. J'ai cru bon de révéler à mon entourage amical que j'étais bipolaire, de façon quasiment systématique, faisant le pari que je susciterais compréhension et compassion. J'étais bien naïve. Le plus souvent, je n'ai fait que renforcer la peur des personnes "normales" de mon entourage. Une amie qui pourtant avait fait une carrière de psychologue, m'a dit, après lecture de la totalité de mes textes, qu'elle ignorait que la bipolarité pouvait mener aussi loin dans la folie. Et puis il y a aussi eu ceux qui me conseillaient de continuer le blog, mais sans en parler à personne! Ca m'a fait réfléchir, et je me suis dit que si je faisais pire que mieux, il valait mieux que j'arrête. 
     Une autre raison, c'est que j'étais frustrée de ne pas voir à qui je m'adressais quand j'écrivais. Car je ne suis pas faite pour les relations virtuelles. J'ai besoin de vraies relations, d'échange dans la conversation ou au minimum par mails. Besoin de tisser des liens concrets. J'ai pu quand même le faire une fois avec une artiste invitée. Nous avons échangé des photos et pas mal de mails. Et puis je n'ai pas osé demander si elle souhaitait qu'on se rencontre. Peur du rejet sans doute, toujours présent en moi. Je me demandais surtout si la maladie était un point commun suffisant pour nouer une amitié. Pour qu'il y ait matière à amitié entre deux personnes, il me paraît évident à présent qu'il faut bien plus que cela: une vision du monde commune notamment. Je me souviens d'un blogueur qui s'est carrément désabonné quand je lui ai confié que je n'étais pas athée comme lui! En tant que protestante pratiquante, je suis très minoritaire dans mon pays. On me regarde parfois comme si j'étais d'une autre planète quand j'évoque ma religion. C'est étrange... mais compréhensible quand même, car de mon côté, ayant reçu la Foi dans l'enfance, je suis incapable de me mettre dans la tête d'une personne totalement athée. Je ne sais tout simplement pas "ce que ça fait" de croire par exemple, qu'avec la mort corporelle tout s'arrête. 
           Bref, je ne vais pas partir dans un développement théologique et philosophique. Ce n'est pas le lieu ni le moment. J'aimerais conclure ce texte en vous invitant à poster un commentaire, ou mieux encore, à m'écrire à cette adresse: nourbipolaire@gmail.com. Je répondrai toujours avec plaisir. 

Nour

      
     



lundi 2 avril 2018

Ami(e) avec un(e) bipolaire, pourquoi pas? (2ème partie)


        Nous voici déjà en avril, et je me rends compte que je n'ai écrit que quatre textes cette année! Alors tant pis pour moi si certains lecteurs réguliers ont fini par se lasser, et merci à ceux qui ont eu la bonne idée de s'abonner. Non, je n'ai pas décidé de laisser tomber ce blog qui aura deux ans d'existence le 18 avril. Je n'ai pas cessé de réfléchir à la question centrale des relations amicales et amoureuses. J'ai accumulé les notes et enfin, ce soir, je me remets à l'écriture pour tenter d'aller à contre-courant de ce qui est publié sur internet pour mettre en garde ceux qui se laisseraient entraîner dans une relation avec une personne bipolaire. Comme si c'était forcément un voyage vers l'enfer. Comme moi sans doute vous les avez lus, ces titres catastrophistes dans des forums alimentés par des proches de bipolaires qui n'en peuvent plus, allant même jusqu'à demander des conseils pour rompre. Mais attention: je n'ai pas pour autant l'intention de porter un faux témoignage et de faire croire que moi-même, dans le passé, je n'ai jamais fait de mal à personne à cause de ma bipolarité. J'ai commencé cette série de textes pour démêler le vrai du faux sur cette question des relations. Car bien sûr il n'y a pas de fumée sans feu... Je demande simplement à toute personne non bipolaire qui lira ces lignes, de nous donner notre chance. Comme tout être humain, à moins d'être misanthrope ou habitué à la solitude, la personne bipolaire a besoin de donner et de recevoir de l'amour et de l'amitié. Et spécialement quand on a comme moi, une famille qui apporte trop peu de soutien. 

     Pourquoi et comment en arrive-t-on à vouloir rompre une relation amicale, ou qui semblait l'être au début? Il peut y avoir plusieurs raisons, mais la plus importante est celle-ci, d'après mon expérience: l'état dans lequel j'étais au moment de la rencontre. Je me souviens d'un jeune homme bipolaire, appelons-le Julien, qui avait pris la parole lors d'une réunion de l'association Argos 2001* . Son intervention m'avait laissé l'impression qu'il était calme, sérieux, et je m'étais même dit qu'il était stabilisé. Tandis que moi, ce soir-là, j'étais dans un état que les psychiatres appellent "état mixte" ( hypomaniaque mais sur fond de dépression). Et j'ai fait l'erreur de vouloir échanger mon numéro avec ce Julien dont je ne savais quasiment rien, et réciproquement. Je pensais encore à cette époque, que la bipolarité était un point commun suffisant pour nouer une relation d'amitié durable. Mais comment aurait-il pu refuser de me donner son numéro? On ne peut pas imaginer une réaction du style "Désolé, je vois que tu es en hypomanie, continue à te soigner d'abord et on verra s'il y a matière à amitié entre nous quand tu seras calmée"! Bien sûr qu'on ne peut pas parler comme ça, question de politesse. Où alors il faudrait trouver une manière subtile d'envoyer ce genre de message mais sans blesser l'autre. Donc Julien et moi avons commencé à nous fréquenter (je précise que je n'envisageais rien d'autre que de l'amitié avec lui, ou plutôt une relation fraternelle). Mais très vite j'ai compris qu'il traversait une profonde dépression qui durait depuis plusieurs années déjà. En fait on n'avait quasiment rien à se dire. Après quelques semaines je me suis retrouvée dans un état dépressif moi aussi. Et donc je ne pouvais pas l'aider, et lui ne pouvait rien pour moi non plus. Après plus d'un an, j'ai décidé de laisser pourrir la relation, en espaçant de plus en plus mes appels. Je voulais me dégager de cette relation stérile, mais de façon la plus délicate possible. Avec une longue lettre pour faire le point sur notre relation... et des excuses, même si au fond je n'avais jamais voulu lui faire de mal. Ce n'est pas parce qu'il était devenu quasiment mutique à cause de sa dépression que je l'ai quitté, mais parce que nos personnalités ne s'accordaient pas du tout.

     Comme vous le voyez dans ce récit, la rupture lors d'un problème relationnel, peut être à l'initiative d'une personne bipolaire. Et surtout sans attendre, pour le bien des deux personnes concernées, que la situation devienne invivable. Ce qui n'empêche nullement la délicatesse, qualité  rarement attribuée aux bipolaires. 

      Je continuerai sur ce thème de l'amitié la prochaine fois, pour vous montrer comment il est possible de nouer des relations enrichissantes et surtout durables. 

Nour 

*association destinée aux bipolaires et leurs proches, qui propose des réunions de parole et des conférences

    



vendredi 9 mars 2018

Ami(e) avec un(e) bipolaire, pourquoi pas? (1ère partie)


Montaigne et La Boëtie

     Depuis pas mal d'années déjà le mot "ami" a pris un deuxième sens, celui de compagnon ou d'amant. Pour cette série de textes, j'ai choisi de commencer par parler du sentiment d'amitié et j'ai choisi une illustration qui laisse deviner à quel point je suis idéaliste dans mes relations amicales. Trop idéaliste en fait, je n'ai pas trouvé (pas encore?) d'alter ego. Mais je suis en train de comprendre que c'est à moi de placer la barre un peu moins haut dans le domaine relationnel. Je commence tout juste à comprendre que je ferais mieux d'être moins "crispée" sur la réciprocité. Par exemple, je peux désormais accepter qu'il y a des gens qui aiment être appelés et invités, mais qui ne feront pas le chemin inverse. Je dois comprendre aussi que c'est normal qu'on ne cherche pas de réconfort auprès d'une personne malade comme moi. Et pourtant... J'ai traversé tant de périodes difficiles, et j'ai survécu. J'en ai retiré une sorte de philosophie que j'aimerais bien transmettre (autrement qu'en écrivant ce blog). Je suis capable de consoler et de conseiller, mais ce n'est pas cela qu'on me demande. Mon état étant stabilisé (dixit mon psychiatre), j'espère pouvoir montrer d'autres aspects de moi qui n'ont rien à voir avec la bipolarité. Je suis redevenue curieuse des autres, que je suis enfin capable d'écouter longuement et attentivement, ce que je ne savais pas faire quand des idées défilaient à toute vitesse dans mon esprit (tachypsychie). Je peux à nouveau accepter une invitation au cinéma, alors qu'avant j'y allais seule, incapable de rester concentrée jusqu'à la fin du film. 

     Mais attention à vous, lecteurs bipolaires, si vous êtes comme moi arrivés à cette stabilisation de la maladie: rien n'est gravé dans le marbre. Vous savez l'importance du sommeil et de la prise régulière d'un médicament régulateur d'humeur (éventuellement ajouté à un anxiolytique). L'autre, s'il veut être mon ami, doit accepter dès le début que je dois garder une bonne hygiène de vie. Eviter aussi les personnes qui ont une attitude susceptible de déclencher des symptômes: en particulier ceux qui ne tiennent pas leurs engagements, qui ont la mauvaise habitude de changer de programme sans forcément s'en excuser. Eh oui, ce genre de personne, on en connaît... mais on est pas obligé d'en faire des amis!

     Prenez soin de vous et à bientôt pour parler des relations amoureuses...

                                     Nour



     


     
   

     

dimanche 4 mars 2018

Deux collages de LilyBull, artiste invitée

Pomme d'amour rebelle  / Rebel toffee apple




 "Le collage est une technique très ancienne qui a été particulièrement utilisée au début du XXe siècle par de nombreux artistes : Picasso, Raoul Hausmann, Juan Gris, Kurt Schwitters...

Dans ma pratique, le collage est une forme d'art brut basé sur le principe du recyclage, de la détente et du jeu.
Le papier utilisé provient de documents publicitaires gratuits (distribués dans les boîtes aux lettres, commerces, salles d'attente, offices de tourisme...) ou de vieux magazines.
Pour commencer, je découpe des éléments qui m'attirent à l'aide de ciseaux, puis je les associe spontanément et je les colle.
Une fois achevés, les collages laissent apparaître une dimension allégorique ou esthétique.

Actuellement, de nombreux artistes utilisent encore la technique du collage : Francine Ollivry, Lucie Monnier, Joe Castro, Wilma Breukelaar..."

(extrait du blog de LillyBull)

Businesswoman



                                                         


https://www.facebook.com/pinky.twist
http://pluiesurlevelux.blogspot.fr

jeudi 22 février 2018

Un florilège de haïkus libres de Selbou, auteure invitée



le vacarme de la cascade
libère mon âme
de sa colère
*
au miroir du lac
la montagne rougeoyante
tend son plus beau profil
*
chien qui s'ébroue
gouttelettes argentées
sous la cascade
*
mousse sur le rocher
au détour d'un sentier
prémices du ruisseau
*
roue tranchante du vélo
éclats diamantés
de la flaque éventrée
*
elle a sorti
la dînette des grands soirs
à chaque poupée son bavoir
*
dans un coin de la cour
attente
d'une amie imaginaire
*
solitude
toutes les fêtes
à se cacher

vendredi 26 janvier 2018

Invitation à méditer...



"Le sang d'autrui est rouge, mais il ne cause pas de douleur au témoin."

     Ce proverbe est en usage chez les Bambaras que j'ai rencontrés au Mali lors d'une mission humanitaire en février 2008. Il parle de l'incapacité de bien des êtres humains à faire preuve de compassion.

     En guise d'illustration, un orchestre malien de la région de Ségou où j'ai séjourné.

Nour

dimanche 21 janvier 2018

Logorrhée bipolaire: l'impossible dialogue


Hommage à William


     Pour une fois, dans ce blog, je ne changerai pas le prénom, et j'écrirai à la deuxième personne. C'est la foi qui me permet de m'adresser à toi , William, comme je n'avais jamais pu le faire auparavant. Tu es en paix à présent, je le ressens en me concentrant sur ton âme vivante, vivante pour toujours. Tu souffrais tellement, mais je ne pensais pas que tu mettrais fin à tes jours à l'âge de 43 ans. On m'a informée de ton décès il y a un peu plus de deux mois. Cela fait partie des choses auxquelles je crois: qu'il y a un Au-delà, un espace sans limites où règne la Paix. L'enfer pour toi c'était cette maladie qui avait fait de toi une sorte d'asocial, un marginal alcoolique. A la gare ou dans le centre-ville, je te croisais et je tentais un brin de conversation après t'avoir salué. Et toi, tu ne pouvais pas toujours me répondre. La logorrhée des bipolaires, je l'ai connue comme toi. Tu parlais ou même criais seul dans les rues, presque toujours ivre, sans pouvoir t'interrompre. A qui parlais-tu, on ne savait pas. Parfois je t'offrais un café à la gare, prétexte pour amorcer une petite conversation. Mais tu étais si agité, tu ne savais pas rester en place. Je t'avais rencontré en HP, nous étions dans le même pavillon. Et un jour, à table, des patients on parlé de toi comme d'un gêneur, car beaucoup d'entre eux étaient là pour trouver le repos. Et toi tu allais et tu venais à grandes enjambées allant de la salle à manger au jardin, revenant, et repartant encore.Tu troublais la tranquillité. Ils disaient "l'autre" pour parler de toi, avec un mépris et un agacement évident. Et j'ai eu un jour une réaction spontanée en disant "Il a un prénom, "l'autre", il s'appelle William!". Mais ils s'en foutaient pas mal que tu aies un prénom. Tu étais pour eux un fou, un vrai fou, une sorte de caricature de fou. Ce genre de personne qu'on n' a pas envie de devenir, et qu'on maintient à l'écart du groupe. 

     Je me suis sentie proche de toi car j'avais aussi fait l'expérience de la logorrhée. Je savais que tu n'avais pas le contrôle de tes paroles, que tu ne parlais pas "tout seul" parce que tu étais égocentrique comme certains le pensaient. Ta capacité à écouter l'autre pour un authentique dialogue, tu l'avais en toi aussi j'en suis sûre. Mais pas pendant cette crise qui n'en finissait pas...

      Cette fois-ci la maladie a été la plus forte. Adieu William.

                         Nour